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Tunisie: Une scène artistique dynamique et vigilante

Von Rachida Triki

La révolution tunisienne a abouti à une démocratisation de la vie sociale, politique et culturelle. Le pays a connu pour la première fois depuis son indépendance des élections libres et démocratiques. Les  conséquences immédiates de cette mutation sont : 1) un renforcement de la société civile avec ses mouvements de sit in, de grèves, de protestations pour plus de liberté et d’égalité; 2) une dynamisation de la vie culturelle sur tous les plans ; un théâtre qui se diversifie, des festivals de films et de documentaires au sud de la Tunisie ; un art de la rue plus évident; 3) une dynamisation de la vie politique avec une redistribution des pouvoirs et une opposition active.

La scène tunisienne des arts plastiques vit une mutation où prédominent l’action et la vigilance:

Une société civile active et vigilante

Les arts plastiques étaient structurellement représentés et défendus par « l’Union des Artistes Plasticiens Tunisiens (UAPT). Aujourd’hui la dynamique démocratique a vu naître différentes associations ; Le Syndicat des Métiers des Arts Plastiques (SMAP), créé en 2009 se veut notamment une structure de défense des intérêts des artistes plasticiens et le garant de leur indépendance ;le syndicat dont le bureau est constitué de jeunes artistes travaille à assurer un statut pour les artistes ,à changer la politique de gestion actuelle de l’aide à la production et du système d’achat d’œuvres telle qu’elle a lieu au ministère de la culture. Cette position est partagée par d’autres structures nées après la révolution de janvier 2011: c’est le cas, la Fédération Tunisienne des Arts Plastiques (FTAP), de quelques associations de jeunes artistes plasticiens à l’échelle nationale comme à l’échelle des régions. Il existe actuellement entre ces différentes structures une volonté d’action commune quant aux principes de défense et de promotion des arts plastiques en Tunisie.

Une augmentation sensible du nombre de manifestations artistiques

Depuis une année, on a vu se tenir  un grand nombre d’expositions d’art plastique ayant pour la plupart la thématique du mouvement révolutionnaire et la question de la citoyenneté. Ces expositions ont eu lieu dans des galeries déjà existantes mais aussi dans des espaces réinvestis par l’art comme c’est le cas de la Galerie de l’information sur l’Avenue principale de Tunis.

La rue a notamment été le lieu de manifestations artistiques diverses : happenings, créations picturales  collectives faisant intervenir le public, interventions sur les murs etc.…l’espace public qui a vite été occupé par les artistes le lendemain du mouvement de janvier 2011 reste, aujourd’hui, pour eux, un peu le garant du droit de cité de l’artiste  libre de créer. D’ailleurs, La posture citoyenne de l’artiste est ce qui se manifeste le plus à travers l’ensemble des expositions qui ont eu  pour thème : « Chronique D’une Revolution », « Dégagement, la Tunisie un an après «Dégage ! un révolution  », « Jasmins, entre art et révolution », »Je vote » etc … 

La photographie est, depuis le 14 janvier 2011, le medium qui a eu le plus de visibilité

En l’espace d’une année, plusieurs jeunes artistes photographes ayant saisis les images des insurrections  se sont fait connaître à travers les expositions en espace public  ou privé. Ce nouveau genre de photoreportage artistique a suscité chez les galeristes un intérêt jusque là resté  timide.   La profusion de photographies a généré dans son mouvement la décision  de créer une «maison de la photographie»  initiée par un jeune artiste photographe.

Les images des œuvres photographiques sont d’ailleurs largement diffusées soit sur face book, soit par les médias télévisuels en Tunisie comme à l’étranger; Ce sont aussi ces photographes ainsi que des graphistes  qui ont été sélectionnés pour participer  à différentes manifestations en Europe en rapport avec  ce qu’on a nommé « le printemps arabe ».

Une rapide démocratisation des arts face à un  marché quasi inexistant

La démocratisation soudaine des arts a naturellement donné lieu à des créations esthétiquement très inégales. Dans le lot des productions, comme c’est le cas en période de mouvements sociaux, c’est souvent la teneur protestataire des œuvres qui a été privilégiée par les galeristes. Cette  dynamique de création et d’exposition n’a pas pour autant été suivi par une dynamisation du marché de l’art resté étroit et frileux. Les quelques collectionneurs de la place sont restés plutôt prudents tout en encourageant ces jeunes artistes. Même si la commission d’achat du ministère de la culture a tenté d’élargir l’acquisition d’œuvres à des espaces d’expositions jusque là ignorés par le ministère, on ne peut pas parler d’une restructuration, voire même d’un nouveau marché de l’art.

Quant aux œuvres qui ont pu voyager en Europe et notamment en France pour être exposées, elles ont été sélectionnées moins pour intégrer un marché de l’art plus vaste que pour constituer une vitrine de la révolution tunisienne et de l’intérêt qu’on lui porte.

Un débat productif autour de la scène artistique plastique

Plusieurs rencontres ont eu lieu pour débattre de la situation de la culture, aujourd’hui, en période de transition démocratique et plus généralement de la situation des arts plastiques; on peut citer notamment:

  • <paragraph xmlns:tmp="http://ez.no/namespaces/ezpublish3/temporary/">La rencontre organisée par la fédération tunisienne des arts plastiques, au Palais Kheireddine sur l’avenir des arts plastiques en rapport à la dynamique de la société civile. L’Association Tunisienne d’Esthétique et de Poïétique&nbsp; a tenu une journée de réflexion pour examiner le tournant esthétique dans la scène artistique tunisienne actuelle. Un Forum de deux jours autour de «&nbsp;la scène des arts plastiques au Maghreb&nbsp;»initié par la Fondation Kamel Lazaar pour les arts et la culture a&nbsp; réuni des critiques d’art, des commissaires d’exposition ainsi que de nombreux artistes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Les rencontres entre artistes et critiques au Centre d’Art Vivant du Belvédère. La rencontre au&nbsp; Bchira art center entre collectionneurs, galeristes et commissaires . Le Syndicat des Métiers des Arts Plastiques a participé a un sit in devant le conseil constitutionnel pour rappeler aux droits à la culture et à la création. Le constat général&nbsp; de toutes ces rencontres est l’absence d’une réelle politique culturelle concernant les arts plastiques et la nécessité de créer des réseaux entre les différents instituions étatiques culturelles, les organismes privés, et le tissu associatif concerné par les arts. Il est urgent de créer un Musée d’art moderne et contemporain au sens propre du terme, un centre de documentation et de l’image ainsi que de revues d’art de qualité pour permettre la dynamisation de la scène&nbsp; artistique et d’un réel marché de l’art ouvert sur la région.

Rachida Triki

Tunesische Kuratorin und Autorin. Professorin für Ästhetik und Kunstphilosophie an der Universität Tunis.

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